Présenté comme un tournant pour la santé publique, le projet est conduit par le Dr Patricien Gongo Abakazi, ministre provincial de la Santé. Les travaux sont entièrement financés par le Trésor urbain.
L’objectif est d’offrir aux Kinois des médicaments certifiés, à des tarifs abordables.

Les autorités veulent surtout endiguer la vente de produits contrefaits et réduire l’emprise des réseaux informels, encore très présents dans plusieurs communes. Les nouvelles officines devront appliquer les normes de conservation et de distribution, grâce à des équipements modernes et à une chaîne d’approvisionnement maîtrisée.

L’initiative est saluée, mais de nombreux observateurs émettent des réserves. Entre délestages fréquents, maintenance insuffisante et faiblesses dans la gestion des infrastructures publiques, la pérennité du projet pose question.

Le principal obstacle reste la chaîne du froid. Sans électricité stable ni entretien régulier, la conservation de certains médicaments devient critique. Plusieurs programmes publics lancés à Kinshasa ces dernières années ont d’ailleurs perdu en efficacité peu après leur inauguration, faute de suivi.

La question économique est tout aussi centrale. Le lancement repose sur les fonds du Trésor urbain, mais des experts rappellent qu’un modèle de gestion autonome sera indispensable. Sans mécanisme pérenne de financement et de réapprovisionnement, ces pharmacies pourraient vite manquer de stocks ou de moyens pour fonctionner.

Des annonces en décalage avec le terrain

Sur le terrain, le constat est parfois différent du discours officiel. Des sites présentés comme prêts ou presque ne seraient pas encore opérationnels. Ce décalage alimente la méfiance d’une partie de la population, habituée aux effets d’annonce sans lendemain.

Restaurer la confiance, le vrai enjeu

Malgré les critiques, ce programme marque une volonté de restructurer le secteur pharmaceutique kinois. Dans une ville où l’informel domine encore l’accès aux soins, l’enjeu dépasse la construction de bâtiments. Il s’agit de redonner confiance dans les services de santé de proximité.

Pour le gouvernement provincial, l’épreuve commencera après les coupures de ruban. Entretien, gestion transparente, disponibilité continue des médicaments : c’est sur leur fonctionnement au quotidien que ces pharmacies seront jugées, bien plus que sur le nombre d’inaugurations.