Au centre des débats : la motion de défiance visant le Vice-Premier ministre de l’Intérieur, Jacquemain Shabani, qui prend une tournure plus relationnelle que politique.

Au-delà des accusations portées contre ce membre du gouvernement Suminwa, c’est désormais l’attitude de son parti qui se retrouve au centre du débat, après la sortie remarquée de Christian Lumu Lukusa, vice-président de la Ligue des jeunes de l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social, chargé des relations diplomatiques et internationales.

Dans une publication largement relayée, l’ancien porte-parole de la Ligue des jeunes de l’UDPS dresse un constat sévère : aucune réaction officielle du parti, aucune mobilisation des structures internes, aucun message de soutien visible. Pour lui, l’UDPS donne l’impression d’un parti absent au moment où l’un de ses cadres les plus exposés fait face à une offensive politique majeure.

Mais c’est surtout sa conclusion qui marque les esprits. En affirmant que le silence de la présidence du parti pourrait être interprété comme une forme de complicité, Lumu franchit un cap. Il ne se limite plus à dénoncer un manque de communication. Il met directement en cause la responsabilité politique de la direction de l’UDPS, visant implicitement son président a.i., Augustin Kabuya.

Cette prise de position intervient dans un contexte déjà tendu au sein du parti présidentiel. Les divisions internes, les rivalités de leadership et les épisodes récents de confrontation publique ont fragilisé l’image d’un bloc uni. Dans ce climat, chaque crise individuelle prend une dimension collective, et chaque silence devient un signal politique.

Souvent considéré comme une voix dissidente vis-à-vis de la direction actuelle du parti, Lumu renforce son argument en rappelant un précédent. Lorsque Jean-Marc Kabund faisait face à des tensions politiques, la réaction du parti avait été rapide et structurée. Réunions d’urgence, mobilisation des ligues, communication officielle : tout avait été activé pour défendre un cadre. Aujourd’hui, le contraste est saisissant.

Cette différence de traitement soulève une question plus large : l’UDPS est-il encore capable de protéger ses propres cadres? Ou assiste-t-on à un affaiblissement de la cohésion interne, au point où certains responsables se retrouvent isolés face aux tempêtes politiques?

Pour plusieurs observateurs, ce silence n’est pas anodin. En politique, ne pas parler, c’est souvent laisser les autres imposer leur récit. Et dans le cas présent, il alimente l’idée d’un parti traversé par des fractures, incapable d’aligner ses positions dans les moments critiques.

Au-delà de la motion elle-même, l’enjeu devient donc plus profond. Il touche à la crédibilité du parti au pouvoir, à sa capacité à gérer ses crises internes et à maintenir une cohérence politique face à ses partenaires comme à l’opinion publique.

Car au fond, la question n’est plus seulement de savoir si Shabani résistera à cette motion. Elle est de comprendre pourquoi, une fois encore, un cadre de l’UDPS se retrouve en première ligne sans que le parti ne semble réagir avec la même force qu’auparavant. Et dans cette interrogation se joue peut-être bien plus que l’issue d’une simple procédure.

Pour rappel, la motion de défiance contre Jacquemain Shabani, VPM de l’Intérieur, Sécurité, Décentralisation et Affaires coutumières, a été déposée le 13 avril 2026 par le député Laddy Yangotikala Senga, élu de Kisangani et membre de l’Union sacrée.
Les 56 signataires de la motion reprochent au VPM de l’Intérieur, la Persistance de l’insécurité sur tout le territoire national, l’inefficacité des politiques de protection des citoyens et un climat d’impunité.