Kinshasa étouffe sous les déchets. Dans plusieurs quartiers de la capitale, les immondices s'accumulent, les caniveaux sont obstrués et certains espaces publics se transforment progressivement en véritables dépotoirs à ciel ouvert. Une situation qui contraste fortement avec l'image autrefois associée à la capitale congolaise, surnommée « Kinshasa la Belle ».

Face à cette réalité, les autorités provinciales ont multiplié les initiatives pour tenter de redonner à la ville son éclat d'antan. « Kinshasa Bopeto », « Kin Ezo Bonga » et bien d'autres opérations d'assainissement ont été lancées avec l'ambition de combattre l'insalubrité. Parmi les mesures adoptées figuraient notamment l'installation de poubelles dans différents coins de la ville ainsi que le déploiement d'agents chargés du balayage des routes et des espaces publics.

Pourtant, ces initiatives n'ont pas produit les résultats escomptés. Des poubelles ont été installées, mais leur entretien et leur vidange n'ont pas toujours suivi. Certaines se sont retrouvées débordées, tandis que les déchets continuaient de s'accumuler à proximité. Quant aux opérations de balayage, elles ont permis d'améliorer ponctuellement certains espaces, sans pour autant apporter une réponse durable à l'ampleur du problème.

En juin dernier, le président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi, a institué, par ordonnance présidentielle, une Task Force présidentielle de salubrité et d'assainissement, chargée de contribuer à la lutte contre l'insalubrité urbaine à Kinshasa. Une initiative qui intervient dans une ville confrontée à une production quotidienne considérable de déchets, estimée à près de 15 000 tonnes.

Depuis sa mise en place, cette structure semble remettre la question de la salubrité au centre des préoccupations. Sur le terrain, l'on observe notamment le retour des dispositifs de collecte, avec l'installation de nouvelles poubelles le long de certaines artères de la Gombe. Celles-ci sont plus petites et disposées à intervalles rapprochés, parfois tous les cinq mètres.

Mais au-delà de cette nouvelle disposition, le problème fondamental reste entier : qui va entretenir ces poubelles ? À quelle fréquence seront-elles vidées ? Et surtout, comment garantir que les Kinois prennent l'habitude de les utiliser ?

Car le spectacle est parfois paradoxal : des poubelles encore vides côtoient des déchets abandonnés à même le sol. Ce constat révèle une difficulté qui dépasse la simple disponibilité des équipements. Il pose la question du comportement citoyen, de l'éducation à la salubrité et de la responsabilité collective dans la préservation de l'environnement urbain.

On ne rend pas une ville propre uniquement en y installant des poubelles. On la rend propre en organisant durablement la collecte des déchets et en inculquant à ses habitants une véritable culture de la propreté.

Dès lors, il devient nécessaire de dépasser les opérations ponctuelles et les mesures essentiellement visibles. La salubrité doit s'inscrire dans un dispositif permanent, organisé et contrôlable.

Une piste concrète pourrait consister à installer, pendant une période expérimentale de six mois, des équipes de sensibilisation et de surveillance à proximité des poubelles publiques. Sous des abris aménagés à cet effet, ces agents auraient pour mission d'orienter les passants, de les sensibiliser et de veiller à ce que les déchets soient effectivement déposés dans les poubelles plutôt que jetés sur la voie publique.

Ce dispositif pourrait également s'accompagner de mesures dissuasives, conformément à la réglementation en vigueur, notamment des amendes à l'encontre des personnes qui continueraient volontairement à abandonner leurs déchets dans les espaces publics.

En parallèle, les autorités devraient organiser un système de vidange régulier, avec des camions affectés à des circuits précis et intervenant plusieurs fois par jour, selon le niveau de remplissage des poubelles. Il ne servirait à rien d'exiger des citoyens qu'ils utilisent les poubelles si celles-ci restent pleines pendant plusieurs jours.

L'éducation doit également occuper une place centrale dans cette politique. Les écoles, les médias, les églises, les associations et les structures de proximité pourraient être mobilisés pour faire de la propreté une responsabilité quotidienne. Car le changement de comportement ne se décrète pas : il se construit par la sensibilisation, l'exemplarité, la régularité et, lorsque cela s'impose, la sanction.

Kinshasa n'a pas seulement besoin de poubelles supplémentaires. Elle a besoin d'une véritable politique de gestion des déchets, avec des moyens logistiques, des agents responsabilisés, un mécanisme de suivi et une population pleinement impliquée.

La capitale congolaise ne peut continuer à multiplier les campagnes d'assainissement sans s'interroger sur leur efficacité à long terme. Les opérations changent de nom, les poubelles changent de forme, mais le problème demeure.