Certains enseignants estiment toutefois que ces vérifications pourraient être davantage systématisées et rendues plus transparentes. « Dans beaucoup de cas, il serait possible de contacter directement les universités qui ont délivré les diplômes », avance un professeur interrogé dans le cadre de cette enquête. Il souligne également que, dans de nombreux pays, les thèses de doctorat et certains travaux scientifiques sont aujourd’hui accessibles en ligne à travers les bibliothèques numériques des universités.
D’autres observateurs nuancent cependant cette analyse en rappelant que la multiplication des établissements d’enseignement supérieur dans le monde complique parfois les procédures de vérification. « Aujourd’hui, il existe des milliers d’universités et d’institutions délivrant des diplômes. Certaines sont bien reconnues, d’autres beaucoup moins », explique un enseignant-chercheur. Selon lui, cette diversité institutionnelle peut rendre plus difficile l’évaluation rapide de certains parcours académiques.
Dans ce contexte, les administrations nationales peuvent se retrouver face à des diplômes délivrés par des établissements dont la réputation académique est parfois difficile à établir, notamment lorsque les systèmes d’accréditation diffèrent d’un pays à l’autre. Plusieurs spécialistes de l’enseignement supérieur estiment ainsi que la reconnaissance des diplômes étrangers constitue un exercice délicat, nécessitant à la fois des compétences administratives et une bonne connaissance des systèmes universitaires internationaux.
Ces difficultés techniques n’expliquent toutefois pas toutes les interrogations exprimées dans les milieux universitaires. Certains témoignages recueillis par Cœur d’Afrique évoquent également un parcours administratif particulièrement complexe pour les candidats engagés dans la procédure d’équivalence. C’est ce que décrivent plusieurs enseignants ayant récemment tenté de faire reconnaître leurs diplômes obtenus à l’étranger.
Des parcours administratifs parfois complexes
Au-delà des questions de vérification académique, plusieurs enseignants ayant engagé une procédure d’équivalence décrivent également un processus administratif qu’ils jugent particulièrement exigeant. Les démarches nécessaires pour faire reconnaître un diplôme obtenu à l’étranger impliqueraient, selon eux, plusieurs étapes et interlocuteurs avant même que le dossier n’atteigne les services techniques du ministère.
Un universitaire ayant entamé en 2025 une procédure de reconnaissance pour un diplôme obtenu dans une université européenne explique ainsi avoir dû constituer un dossier comprenant de nombreux documents administratifs. « Il faut passer par plusieurs bureaux avant que le dossier n’arrive au niveau du ministère », raconte-t-il. Comme pour les autres témoignages cités dans cette enquête, son identité n’est pas mentionnée afin de préserver sa situation professionnelle.
Selon ce même témoignage, certaines étapes du processus peuvent donner lieu à des demandes complémentaires de documents ou à des formalités administratives supplémentaires. Dans certains cas, ces exigences peuvent s’avérer difficiles à satisfaire lorsque les systèmes universitaires étrangers ne fonctionnent pas de la même manière que celui de la RDC.
Plusieurs sources évoquent notamment la question des diplômes définitifs. Dans certains pays, les universités délivrent d’abord des attestations de réussite ou des certificats provisoires, le diplôme officiel n’étant remis que plusieurs mois après la soutenance. Or, selon certains enseignants interrogés, ces différences administratives peuvent parfois compliquer l’examen des dossiers d’équivalence lorsque les services du ministère exigent des documents qui ne sont pas immédiatement disponibles.
Il reste toutefois difficile de déterminer si ces difficultés relèvent d’un problème structurel du système administratif ou simplement des différences entre les pratiques universitaires internationales. Quoi qu’il en soit, ces expériences contribuent à alimenter un climat d’incertitude chez certains enseignants confrontés à la procédure d’équivalence.
Cette situation nourrit également certaines interrogations plus sensibles au sein du monde universitaire, où circulent régulièrement des rumeurs sur d’éventuels blocages administratifs ou sur l’existence de pratiques informelles susceptibles d’influencer le traitement de certains dossiers.
Des soupçons qui circulent dans les milieux universitaires
L’absence d’informations publiques détaillées sur le traitement des dossiers d’équivalence contribue également à alimenter certaines interrogations au sein du monde académique. Dans plusieurs universités, des enseignants évoquent régulièrement l’existence possible de blocages administratifs ou de pratiques informelles susceptibles d’influencer la vitesse à laquelle certains dossiers sont examinés.
Ces affirmations demeurent toutefois difficiles à documenter de manière indépendante. Les personnes interrogées dans le cadre de cette enquête reconnaissent elles-mêmes que ces perceptions reposent souvent sur des expériences individuelles ou sur des discussions informelles entre collègues. Aucune donnée officielle accessible au public ne permet aujourd’hui d’établir de manière précise si certains dossiers bénéficient réellement d’un traitement différent.
Plusieurs observateurs du système universitaire congolais replacent également ces tensions dans un contexte plus large de transformation de l’enseignement supérieur en RDC. Au cours des dernières années, le nombre d’établissements universitaires et de programmes doctoraux a fortement augmenté. Cette expansion du système universitaire alimente des débats récurrents sur les mécanismes de régulation académique et sur les critères utilisés pour évaluer la qualité des diplômes.
Certains universitaires évoquent également l’existence d’une forme de compétition symbolique entre les profils formés localement et ceux ayant effectué une partie de leur parcours académique à l’étranger. « Les diplômes étrangers peuvent parfois être perçus comme une ressource importante dans les carrières universitaires, ce qui peut aussi créer des tensions », estime un enseignant-chercheur interrogé par Cœur d’Afrique.
Dans ce contexte, la question de la reconnaissance des diplômes étrangers ne relève pas seulement d’un enjeu administratif. Elle touche plus largement à la manière dont le système universitaire congolais régule l’accès aux grades académiques et garantit la crédibilité des titres délivrés. C’est précisément cette dimension institutionnelle qui apparaît aujourd’hui comme l’une des préoccupations majeures pour plusieurs spécialistes de l’enseignement supérieur.
Conclusion partie 2
Au fil des témoignages recueillis par Cœur d’Afrique, une même interrogation revient dans les discussions au sein du monde universitaire : celle de la manière dont certains dossiers parviennent à franchir plus rapidement que d’autres les différentes étapes administratives menant à la reconnaissance officielle d’un diplôme étranger.
Faute de données publiques détaillées, il reste difficile d’établir avec précision l’ampleur de ces situations. Mais ces perceptions alimentent un débat discret sur les mécanismes réels qui entourent certaines trajectoires académiques.
Dans la troisième partie de cette enquête, Cœur d’Afrique examinera plus précisément le rôle joué par les circuits décisionnels au sommet de l’administration de l’Enseignement supérieur, là où se prennent les décisions finales d’homologation des diplômes.
















