Une mise en scène troublante qui ravive une affaire sensible
Lors d’un meeting au siège de l’UDPS, Augustin Kabuya a relancé l’affaire Kabasele Wampanga à travers une séquence pour le moins inattendue. Devant les militants, il a présenté un homme qu’il a identifié comme ayant participé à une campagne visant à le discréditer après la mort de Wampanga. L’intéressé a affirmé avoir lui-même transporté la dépouille à la morgue, avant de reconnaître publiquement avoir contribué à propager des rumeurs accusant Kabuya d’être le commanditaire du meurtre, dans le but de le nuire auprès de Félix Tshisekedi.
Dans une atmosphère tendue, l’homme a demandé pardon, tandis que la foule exigeait qu’il s’agenouille. Refusant de se plier à cette injonction, il a finalement quitté le podium. Kabuya, de son côté, a déclaré ne pas être rancunier et lui avoir accordé son pardon. Une scène surréaliste, à mi-chemin entre confession publique et démonstration politique, qui relance un dossier que la justice avait pourtant tranché.
Un meurtre jugé, mais un conflit politique intact
Le 6 juin 2025, Kabasele Wampanga, cadre de l’UDPS, succombait à une violente agression. Quelques jours plus tard, la justice condamnait neuf personnes à mort pour meurtre, établissant les responsabilités pénales directes. Mais en parallèle du procès, l’affaire avait pris une tournure politique, certains proches de la victime accusant publiquement Kabuya. Les avocats de la famille avaient notamment évoqué sa responsabilité morale, alimentant un climat de suspicion durable.
Cette tension s’inscrivait dans une rupture bien antérieure. Ancien allié de Kabuya, Wampanga avait été propulsé à des postes stratégiques, notamment à la Mairie de Lubumbashi puis à la Direction des recettes du Kasaï Oriental. Mais après son éviction, il était devenu un opposant interne virulent. Il dénonçait notamment le non-respect des statuts du parti et exigeait la tenue d’un congrès pour rétablir l’ordre organisationnel au sein de l’UDPS.
Des aveux publics aux implications juridiques et politiques
La déclaration de Kabuya, appuyée par des “aveux” publics, ouvre désormais une nouvelle séquence. Si les propos de l’homme présenté sont avérés, ils pourraient théoriquement relever de qualifications pénales telles que dénonciation calomnieuse ou propagation de fausses accusations. Mais leur mise en scène publique, sans saisine immédiate des autorités judiciaires, interroge sur leur portée réelle.
Sur le plan politique, la scène ne fait que confirmer l’intensité des luttes internes. Car au-delà du pardon affiché, elle rappelle la violence des affrontements qui opposaient Kabuya à Wampanga. Et surtout, elle remet en lumière un point central : les revendications portées par ce dernier restent d’actualité. Plus d’un an après sa mort, le congrès qu’il appelait de ses vœux n’a toujours pas été organisé, ayant été reporté à plusieurs reprises, dans un contexte où certains accusent le secrétaire général d’en bloquer la tenue.
Une affaire judiciaire close, un malaise politique persistant
La scène orchestrée par Kabuya ne clôt pas l’affaire Wampanga. Elle la transforme. D’un dossier criminel jugé, elle devient un révélateur des fractures internes de l’UDPS. Entre aveux publics, pardon politique et non-dits judiciaires, une question demeure : la vérité exposée sur scène suffira-t-elle à apaiser les tensions… ou ne fait-elle que confirmer qu’au sein du parti présidentiel, les conflits d’hier n’ont jamais vraiment disparu ?



















