La succession à la tête de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) s’annonce comme l’un des grands rendez-vous diplomatiques de 2026. En déplacement à Paris ce mercredi 25 février, le président congolais Félix Tshisekedi est venu défendre bien plus que la coopération bilatérale. Kinshasa entend peser de tout son poids pour contrer la candidature rwandaise au secrétariat général.

Reçu par son homologue français Emmanuel Macron au Palais de l’Élysée, le chef de l’État congolais a abordé deux dossiers étroitement liés par la tension régionale à savoir la crise sécuritaire dans l’est de la République démocratique du Congo et la compétition à venir pour la direction de l’OIF.

Sur le plan sécuritaire, Paris a réaffirmé son attachement à la souveraineté et à l’intégrité territoriale congolaise, dans un contexte marqué par les accusations visant le Rwanda pour son implication dans les violences à l’est du Congo-Kinshasa. La diplomatie française a plaidé pour un cessez-le-feu “effectif et vérifiable” ainsi que pour la poursuite des efforts de médiation dans la région des Grands Lacs.

Mais derrière cette séquence officielle s’est jouée une autre bataille, plus feutrée. Celle de l’influence au sein de l’espace francophone. À l’approche du Sommet de la Francophonie prévu en novembre 2026 au Cambodge, les États membres devront désigner le prochain secrétaire général. Kinshasa ne cache plus sa volonté de briguer ce poste stratégique, forte d’un argument de poids. La RDC est aujourd’hui le pays comptant le plus grand nombre de francophones au monde.

Pour les autorités congolaises, cette réalité démographique doit se traduire par une reconnaissance institutionnelle accrue. L’objectif est de faire de la Francophonie un levier de rayonnement diplomatique et d’influence politique.

Kigali défend son bilan

En face, Kigali a officialisé la candidature de Louise Mushikiwabo pour un troisième mandat. Une décision qui transforme la rivalité régionale en duel diplomatique à l’échelle multilatérale. Le vote à venir s’annonce comme un test des rapports de force internes à l’organisation.

La France, elle, avance avec prudence. Début février, la ministre déléguée chargée de la Francophonie, Éléonore Caroit, en visite à Kinshasa, avait rappelé que toutes les candidatures pouvaient être déposées jusqu’au 15 mai, soulignant la légitimité de la RDC à jouer un rôle majeur au sein de l’institution.

Entre soutien à un partenaire stratégique et nécessité de préserver son rôle d’arbitre, Paris marche sur une ligne étroite. La question du leadership francophone a d’ailleurs été explicitement évoquée lors de l’entretien présidentiel, signe que la compétition est désormais assumée au plus haut niveau.

À mesure que l’échéance de 2026 se rapproche, chaque capitale affine sa stratégie et compte ses appuis. Longtemps perçue comme un espace consensuel, la Francophonie devient le théâtre d’un affrontement diplomatique où se mêlent enjeux linguistiques, rivalités régionales et ambitions géopolitiques.