Mais derrière cette vitrine institutionnelle, un autre nom revient, plus discret : Didier Mumengi, secrétaire permanent du Pacte social. Le choix de ce littéraire, ancien ministre et ancien sénateur, interpelle. Pas à cause de ses compétences, qui ne sont pas en cause. Mais parce que son parcours politique est loin d’être neutre.
Un parcours marqué par l’AFDL et 30 ans de politique
Mumengi fait partie de ceux qui ont accompagné l’arrivée de Laurent-Désiré Kabila au pouvoir en 1997. Ministre de l’Information et porte-parole du gouvernement pendant la guerre de 1998, il a incarné le régime aux heures les plus dures de la résistance contre les rébellions soutenues par le Rwanda et l’Ouganda. Depuis, il n’a jamais vraiment quitté la scène. Sénateur, écrivain, animateur de mouvements citoyens, directeur de campagne de Denis Mukwege en 2023, Il a traversé toutes les grandes séquences politiques récentes du pays.
Et c’est justement ce parcours qui fait débat aujourd’hui dans certains cercles politique. Pour beaucoup de Congolais, le Pacte social devait être au-dessus des partis. Une sorte d’église au milieu du village , capable de parler à tous sans parti pris. Or le profil de son secrétaire permanent reste, pour certains, reste trop lié aux familles politiques qui ont marqué les 30 dernières années.
Ses critiques rappellent sa proximité historique avec Laurent-Désiré Kabila, les cadres de l’AFDL et les fondateurs du PPRD. Ils notent également qu’en dix-huit ans de pouvoir de Joseph Kabila, Didier Mumengi ne s’est jamais érigé en opposant frontal au régime. Là où d’autres intellectuels dénonçaient les dérives autoritaires, les crises électorales ou les atteintes aux libertés publiques, lui a souvent privilégié une approche conciliante et institutionnelle, appelant au dialogue même lorsque l’opinion publique semblait exaspérée par les répressions du pouvoir et les tactiques dilatoires attribuées au régime Kabila lors des différentes négociations politiques.
Cette impression d'admiration envers Kabila s’est renforcée en 2025, quand il a qualifié Joseph Kabila de « patrimoine national » et plaidé pour une réconciliation avec Félix Tshisekedi alors que ce dernier avait clairement choisi la rébellion. Pour ses soutiens, c’est une démarche de paix. Pour ses détracteurs, cette attitude traduit une forme de complaisance envers l'ancien système, dont il n'aurait jamais véritablement pris ses distances.
Son passage à la direction de campagne de Denis Mukwege en 2023 renforce cette image : celle d’un homme toujours engagé dans les luttes politiques, pas d’une figure totalement hors des rivalités partisanes.
Neutralité ou compétence : le vrai débat
La question n’est donc pas celle de sa légitimité. Son expérience de l’État, sa connaissance des acteurs politiques et son bagage intellectuel sont réels. La véritable question est celle du symbole. Dans un pays où la méfiance entre acteurs politiques est profonde, où chaque initiative est interprétée à travers le prisme des appartenances et où certains reprochent à la CENCO une certaine complaisance envers l’ancien régime, le choix d’une personnalité aussi marquée pouvait difficilement faire l’unanimité.
Lorsque les proches du Pacte social répondent à ces critiques que seule l’expérience permet de rapprocher des camps longtemps opposés, leurs détracteurs rétorquent qu’un processus censé transcender les clivages aurait gagné à s’appuyer sur une figure moins associée à l’ère post-Mobutu. Selon eux, ce choix risque d’alimenter l’impression qu’une personnalité susceptible de rassurer l’ancien président a été privilégiée, au moment où le discours de Joseph Kabila est perçu par certains comme de plus en plus proche des positions défendues par la rébellion du M23.
Au fond, le débat sur Didier Mumengi dépasse sa personne. Il dit quelque chose de la RDC d’aujourd’hui : la neutralité pèse désormais autant que la compétence. Et quand une initiative prétend réconcilier la nation, ceux qui la dirigent deviennent eux-mêmes un sujet de débat.




















