Première responsable gouvernementale à s’exprimer publiquement après les incidents, la vice-ministre de l’Intérieur, Eugénie Tshela Kamba, a contesté les récits faisant état de violences policières lors de la dispersion des manifestants aux abords du Palais du Peuple.

À l’issue d’une visite sur le terrain, elle a soutenu que les droits fondamentaux avaient été respectés tout au long de l’opération et que les accusations visant la Police nationale congolaise ne reposaient sur aucun élément crédible.

Selon elle, certains acteurs de l’opposition auraient orchestré un scénario destiné à accréditer la thèse d’une répression sanglante. La vice-ministre affirme notamment que du sang provenant d’animaux abattus aurait été utilisé pour alimenter ce qu’elle qualifie de “montage”.

“Les droits humains sont pleinement garantis en RDC. Ce qui s'est passé aujourd'hui relève d'une mise en scène orchestrée par l'opposition. La police a travaillé avec professionnalisme”, a-t-elle déclaré, estimant que les forces de l’ordre ont agi avec retenue et conformément à leur mission de maintien de l’ordre public.

Le gouvernement assure ainsi que les policiers déployés ont maîtrisé la situation sans usage disproportionné de la force et que leur intervention visait exclusivement à prévenir tout débordement.

-Le Forum des droits humains dresse un tableau alarmant-

Cette version est cependant vigoureusement contestée par le Forum des droits humains (FDH), dont les observateurs étaient présents sur les lieux de la manifestation. Dans son rapport préliminaire, l'organisation décrit une journée marquée par de graves violations des droits fondamentaux.

Le FDH affirme avoir recensé deux décès parmi les militants de l’opposition. Selon ses observations, l’une des victimes aurait succombé à un lynchage, tandis que la seconde aurait été mortellement atteinte par des tirs à balles réelles.

L’organisation rapporte également plusieurs cas de blessés, des arrestations ainsi que des violences visant des responsables politiques de l’opposition, notamment Martin Fayulu, Jean-Marc Kabund et Delly Sessanga.

Au-delà des affrontements enregistrés autour du Palais du Peuple, le Forum fait état d’attaques contre plusieurs permanences politiques, dont celles de l’ECiDé, des FONUS et de l’Alliance pour le Changement. Ces actes auraient été commis, selon le rapport, par des membres de la Force du progrès, avec la complicité présumée de certains éléments de la police.

Pour le FDH, les événements du 12 juin constituent une atteinte grave à plusieurs libertés garanties par la Constitution congolaise, notamment les libertés de manifestation, d’expression et d’association, ainsi qu’au droit à la vie.

L’organisation rappelle que ces droits sont également protégés par les engagements internationaux souscrits par la République démocratique du Congo.


-Deux récits, une même exigence de vérité-

À ce stade, deux versions diamétralement opposées s’affrontent. D’un côté, le gouvernement dénonce une opération de manipulation politique destinée à ternir l’image des institutions. De l’autre, les organisations de défense des droits humains évoquent des faits graves qu’elles disent avoir documentés sur le terrain.

Dans l’attente d’éventuelles enquêtes indépendantes, les circonstances exactes des incidents survenus lors du sit-in du 12 juin continuent de susciter interrogations et controverses, au cœur d’un débat politique de plus en plus tendu autour du projet de révision constitutionnelle.